Les origines du karaté

- d'Okinawa à Funakoshi -

 

Tout commence à Okinawa, une petite île du Pacifique représentant quelques 1300 km2, au centre d'échanges entre la Chine et le Japon.

A l'origine, l'île n'appartient à personne. L'archipel dont elle fait partie, le Ryû-Kyû, a son propre souverain qui entretient des liens privilégiés avec les empereurs de Chine. Mais en 1879, le Japon l'annexe, dépose le roi et impose la constitution d'une préfecture avec des officiels japonais à sa tête.

Shô Tai, le dernier roi des Ryû-Kyû.

 

Les habitants de l'île d'Okinawa supportent mal cet envahisseur nippon qui édicte de nombreuses règles, dont l'interdiction de détenir des armes chez soi, car il redoute une révolte. Il se développe donc des écoles secrètes appelées les « ryus » qui créent et enseignent des techniques de combat à mains nues, parmi lesquelles on retrouve le karaté.

 

Le gouvernement japonais prend très mal la création de ces arts martiaux dissidents et met tout en œuvre pour se les réapproprier. C'est alors qu'interviennent les érudits qui transforment habilement les kanjis originels du mot karaté 唐手 signifiant « la main chinoise » ou la « main Tang » en 空手 qui veut dire « main vide », le tout sans modifier la prononciation du mot. Il ne manquait plus qu'un maître japonais pour récupérer l'art martial à son compte et le tour était joué !

Entre en scène Gichin Funakoshi (photo ci-dessus). Il n'est pas Japonais : c'est un natif d'Okinawa, né en 1868 à Yamakawa, Shuri. Il serait issu d'une famille de bushis ou samouraïs vassale de la lignée des souverains des Ryû-Kyû. Il pratique les arts martiaux auprès de différents maîtres, les enseigne et effectue une démonstration de karaté-jutsu à Tokyo devant des représentants du ministère japonais de l’Éducation à Tokyo. Cette présentation publique remporte un tel succès que senseï Funakoshi est invité à poursuivre la promotion de son art martial... On peut supposer sans trop insister toutefois sur ses origines plutôt chinoises. Il a donc toute latitude pour développer son karaté « moderne » qui deviendra le karaté Shotokan que nous pratiquons actuellement.

 

Et c'est ainsi qu'un des principaux arts martiaux japonais trouve ses origines dans une province pro-chinoise en pleine rébellion contre le Japon. Avouez que, vu sous cet angle, c'est plutôt surprenant !